De l'autre côté du miroir, les confessions d'un vampire

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lundi 29 novembre 2010

Un ``Salon du vampire'' à Lyon

Bonsoir à tous. C'est avec une nouvelle singulière que je viens à vous aujourd'hui: en fin de semaine aura lieu à Lyon un ``Salon du vampire'' littéraire et musical.

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lundi 20 septembre 2010

Centième

[Bougie brillant dans l'obscurité]

J'avais presque oublié ce journal. Je vous dois des excuses, je suppose, pour cette si longue absence; sans doute la plupart d'entre vous, lassés de mon silence, se sont-ils détournés vers d'autres lieux. Je salue d'autant plus Fred le marin, fidèle gardien de ces pages, et renouvelle mes amitiés à Talie. Plusieurs facteurs m'ont tenu éloigné du clavier: l'état de santé de mon beau-père, la perpétuelle menace des chasseurs -- et trois déménagements hâtifs, -- un projet dont je vous parlerai à l'occasion, ma rencontre avec un jeune vampire, dont il faudra également que je vous parle à l'occasion... Pour être honnête, j'avais aussi besoin de me retrouver après avoir remué la fange de mon passé. Mon enlèvement a laissé des séquelles.

Mais trêve de justifications. C'est inquiet du succès d'une vision particulièrement naïve, donc funeste, du vampire que je reprends aujourd'hui la parole. Vous l'aurez compris, je pense notamment à Twilight de Stephenie Meyer. Je redoute plus que jamais la venue d'adolescents victimes d'une fascination malsaine -- si vous me passez le jeu de mots -- pour ces vampires de contes de fées. Moi qui m'attendais, en m'exposant au public, à devoir continûment justifier de mon humanité, me voici aujourd'hui à rappeler cette évidence: les vampires sont dangereux. Pour survivre, nous saignons des êtres humains et mutilons leur cadavre. Aussi estimable puisse-t-il être par ailleurs, un vampire tue. Alors admirez-nous si vous y tenez, mais de grâce, admirez-nous de loin.

Nonobstant ce pénible rappel, je vous souhaite une bonne soirée.

dimanche 5 juillet 2009

A la croisée des chemins

Etranger à moi-même, je vis des mortels retirer mes guenilles ensanglantées, me laver, me couper les ongles et les cheveux, me vêtir d'un habit de fête et me raser. Au-dehors, après avoir maîtrisé l'incendie, mes semblables expliquaient la situation -- avec quelques entorses à la vérité.

La femme rencontrée plus tôt entra, suivie d'un vampire inconnu, et tous deux s'inclinèrent devant moi. Sur un signe de tête, les mortels nous laissèrent.

« Nous vous devons gratitude éternelle, dit mon interlocutrice. Lemaillard était le plus dangereux de ceux qui nous traquent. Je vous demande pardon de vous avoir mal jugé; je ne croyais pas la victoire possible, je pensais... je pensais que vous courriez vers votre trépas. »

Je ris doucement et soupirai, si bas qu'elle ne dut pas entendre:

« Eh bien, nous étions deux. Qu'importe, répondis-je à voix haute, puisque vous et les villageois êtes saufs désormais.

- Hélas! Le Commandeur n'a pas survécu. Même délivrés de Lemaillard, comment allons-nous résister aux autres Inquisiteurs?

- Je vous ai vu vous battre, intervint l'homme; votre talent surpasse celui même du Commandeur. »

Comme je haussais un sourcil, surpris que massacrer des mortels impuissants démontrât une quelconque compétence, il ajouta:

« Nous serions très honorés que vous acceptiez de vous joindre à nous. »

J'hésitai, mais qu'avais-je à perdre? Sans doute lutter à leurs côtés m'offrirait-il d'autres occasions de me racheter par une mort honorable, puisque j'avais perdu la première.

« C'est volontiers que j'embrasserai votre cause. Ces suppôts du Démon qui se disent hommes de Dieu méritent les pires châtiments.

- Je me réjouis de vous compter parmi nous, sourit-il. Au fait, quel est votre nom? Je ne crois pas l'avoir entendu. »

Je me figeai.

« F... François... D... Dumont. » bredouillai-je.

Fabien de Montargy était mort. Je ne devais le ressusciter que des siècles plus tard, sous l'emprise d'une faiblesse inattendue.

samedi 27 juin 2009

Echec et Mat

Après m'être bouché les oreilles et enduit de boue, je contournai le village pour évaluer la situation. Malgré mes protections, des grincements stridents me déchiraient les tympans; plus je restais à proximité, et plus une angoisse sourde m'oppressait. Peu m'importait. L'appel de la rédemption me plongeait dans une transe qui me détachait de mes sensations.

Je constatai que l'ennemi avait dressé de grands feux dans chaque trouée, m'empêchant de voir au-delà, et avait enflammé plusieurs bâtiments. J'envisageai un temps de chercher un seau et de l'eau afin de m'ouvrir un passage, mais une autre idée me vint: puisque notre adversaire se trouvait toujours à l'intérieur, l'incendie ne pouvait qu'être limité à la périphérie du village...

Les oreilles en sang et l'esprit à la dérive, je m'élançai au-dessus du brasier vers une mort certaine. Je traversai sans les sentir les nuées ardentes avant qu'un mur de pierre ne stoppât violemment ma course, m'envoyant bouler dans les flammes; je me relevai trop vite pour leur laisser prise et repartis aussitôt, encore étourdi de ma chute. Un épieu de bois me transperçait le flanc. Je l'arrachai distraitement.

Les soldats patrouillaient le village, nourrissaient les foyers, actionnaient des roues de métal, sonnaient d'immenses bourdons et surveillaient les prisonniers: tourbillon vengeur, je les massacrai jusqu'au dernier. Lorsqu'enfin je fis face à l'Inquisiteur, devant un bûcher partiellement consumé, je l'éventrai à mains nues.

Epuisé, moralement à défaut de physiquement, je m'affaissai sous le regard stupéfait de ceux à qui je venais de sauver la vie.

lundi 22 juin 2009

L'Emergence des chasseurs de vampires

Je reprends ici mon histoire au terme de l'errance qui dura plusieurs décennies.

Le ciel était clair, mais le sol gorgé de pluie en cette nuit de février 1432 par laquelle la fortune me tira de ma torpeur mentale. Près de quatre-vingts ans s'étaient écoulés depuis le massacre, et je devais avoir triste allure avec mes haillons raides de boue et ma pilosité hirsute. En vérité, je devais plus ressembler à un esprit des forêts qu'à un être humain. Qui sait, peut-être suis-je la source de quelque légende locale.

Ce fut l'odeur âcre de la suie qui attira mon attention, puis je remarquai le halo des flammes au-dessus des cimes. Une clameur me parvenait par intermittence, à la limite de l'audition. Soupçonnant un incendie mais intrigué par un bruit que je ne parvenais à identifier, je m'approchai.

Alors que j'avançais sur la route menant à un village en feu, trois silhouettes surgirent des ténèbres devant moi.

« N'y va pas, l'ami! s'exclama un homme. C'est la mort qui t'attend là-bas! »

Je les identifiai aussitôt comme mes semblables. Trois vampires inconnus, deux hommes et une femme, bientôt rejoints par une poignée de mortels. Je dus m'y reprendre à deux fois pour coasser quelques mots:

« Qui êtes-vous? Que se passe-t-il? »

Ma voix paraissait étrangère à mes propres oreilles et me brûlait la gorge.

« Nous sommes les soldats du Commandeur, répondit la femme. Nous avions fait halte dans ce village quand les chiens de Dieu nous ont attaqués! »

Je n'y comprenais rien, et ce n'était pas dû à l'évolution de la langue car je l'avais apprise des mortels écoutés de loin durant mon errance.

« De quoi parlez-vous?

- De ces maudits Inquisiteurs! » cracha mon interlocutrice.

Je secouai la tête, perplexe.

« Ne sais-tu donc pas? demanda le premier homme à avoir parlé. D'où viens-tu? Des Inquisiteurs renégats et leurs exécutants nous pourchassent dans tout le pays depuis qu'ils ont découvert notre existence. Ils sont sans maître, car l'Eglise comme le Roi ont le regard tourné ailleurs, mais rien ne les arrête!

- Ils ont attaqué durant le jour le village où nous nous abritions, poursuivit la femme. Heureusement, les villageois se sont défendus plus vaillamment qu'ils ne s'y attendaient, ce qui a permis à quelques-uns d'entre nous de s'enfuir à la nuit tombée. Mais ils tiennent encore le Commandeur et deux des nôtres, et la plupart des humains. Ils vont tous les exécuter en représailles. Nous devons fuir le plus loin possible avant le lever du soleil. »

Une chape de glace descendit sur moi.

« Vous ne pouvez partir maintenant; il faut les sauver!

- Qu'est-ce que tu crois, pauvre fou, nous avons déjà essayé! C'est impossible; ils sont trop nombreux, trop bien armés, ils ont entouré le village de brasiers et leur tintamarre infernal nous vrille la cervelle.

- Fort bien, dis-je. J'irai seul. »

J'ignorai le flot de protestations et d'avertissements qui s'ensuivit. Pour la première fois depuis trop longtemps, ma voie me semblait claire: j'allais pouvoir laver mon péché dans mon sang.

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