Monsieur le chasseur de vampires mercenaire, vous péchez par
orgueil. Mon message relatant nos démêlés informatiques s'adressait à mes
lecteurs -- notamment Lord Obscure, puisqu'il
a exprimé son désir que je l'informe de l'évolution de nos relations, -- non à
vous. Pour tout dire, je pensais que vous aviez abandonné l'idée de votre
journal, ayant fini par admettre que ma connaissance du monde vampirique, et de
nos relations avec vos collègues, surpasse la vôtre. Après six siècles et demi,
le contraire serait étonnant. Vous comprendrez donc que votre réaction me
déçoive; j'attendais plus de professionnalisme de votre part que cet étalage
d'orgueil blessé.
Inutile, par ailleurs, de revenir sur votre
taxinomie du chasseur de vampires: mes lecteurs auront saisi que je ne
remettais pas en cause votre conception des choses, respectable en tant que
telle, mais l'impression erronée que votre
présentation égotiste induisait chez les esprits peu au fait de la
situation. Constatant que vous vous obstinez sur cette voie, je me contenterai
de relever deux points.
Tout d'abord, ce que vous qualifiez de puissance n'est rien d'autre que de
l'expérience. Les pouvoirs d'un vieux vampire ne diffèrent en rien de ceux d'un
novice; simplement, il a appris à en user avec une finesse incomparable. Quant
aux protections dont nous sommes censés nous entourer durant le jour -- soit
dit en passant, non, nous ne sommes pas totalement sans défense, bien
que cela nous laisse peu d'espoir malgré tout, -- vous conviendrez que la
meilleure, et la seule apte à résister à la force brute, se nomme la
discrétion.
Le second point vous concerne plus directement. Dois-je rappeler
publiquement vos méthodes? Epier votre cible de loin, nuit après nuit, pour
déterminer ses habitudes sans alerter sa vigilance; vous embusquer en hauteur,
sur un lieu de passage désert que vous savez qu'elle empruntera tôt ou tard; et
enfin, la tirer comme un lapin; conserver sur vous une seringue d'éthanol pour
un éventuel témoin malencontreux. Belle démonstration de ``sport'' que voilà.
La guerre est sale, vous le savez tout aussi bien que moi.
Sur ce, sachez que vous ne représentez guère à mes yeux qu'une nuisance
parmi d'autres, et que votre talent, si je l'apprécie à sa juste valeur, ne
m'empêche pas pour autant de dormir. Je serais néanmoins curieux de connaître
cette vision écologique que vous avez évoquée à plusieurs reprises.