De l'autre côté du miroir, les confessions d'un vampire

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Instantané

Evénements, anecdotes, réflexions... La vie quotidienne d'un vampire, du sordide au poétique en passant par le banal.

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lundi 9 juin 2008

Des marchés de dupes

L'art du jeu d'échecs consiste à prévoir les mouvements de l'adversaire afin de bâtir un piège où toutes les options lui sont fatales. Saviez-vous qu'en faisant précéder une demande par une autre bien plus coûteuse -- qui sera, fort logiquement, refusée, -- vous augmentez significativement vos chances de voir la seconde acceptée? C'est ce que les psychologues nomment la technique de la porte-au-nez, et que vous confirmera tout enfant confronté à des parents intraitables.

Sur ces réflexions, je vous laisse savourer à sa juste valeur le document de travail du gouvernement français qui enflamme actuellement les défenseurs des libertés numériques. L'avenir nous dira à quel ``compromis'' parviendront les parties.

lundi 2 juin 2008

Le Vampire, le Pirate et la Mafia

La vie d'un vampire recèle bien des imprévus, et la vie d'un vampire hacker plus encore. C'est ainsi qu'à louvoyer pour empêcher les chasseurs de remonter ma piste, je me suis égaré au beau milieu d'une guerre étrangère.

Vous l'aurez certainement déjà compris, je pirate une longue chaîne d'ordinateurs afin d'accéder à mon journal, et, plus généralement, d'effectuer des actions en ligne. Je profite pour ce faire de failles de sécurité des serveurs cibles ainsi que d'éventuelles portes dérobées et autres chevaux de Troie placés par des tiers. En dépit de l'illégalité de mon intrusion, j'insiste sur l'absence de dommage aux systèmes hôtes: je renforce même leur sécurité, tant pour ma propre protection qu'en compensation.

Il y a de cela plusieurs semaines, j'assistai à l'irruption d'un pirate dans un ordinateur dont j'avais usurpé le contrôle. Non sans malice, je l'admets, je retournai son attaque contre lui-même; mystifier les coquins fait partie de mes petits plaisirs. L'affaire aurait pu en rester là si la canaille ne m'avait pris pour un agent d'une organisation concurrente, qu'il décida aussitôt de soumettre. Commença alors entre nous un échange de bottes qui devait durer près de trois mois.

Que dire de plus? Je découvris des réseaux criminels d'une ampleur que j'avais mésestimée, dotés d'une horde d'informaticiens orfèvres en la matière. Mais ceux-ci ne pouvaient rivaliser avec la rouerie du maître ès artifices que je suis. Leur talent, certes indéniable, se cantonne dans le numérique; ils savent extorquer des renseignements aux esprits faibles, mais pas déjouer les pièges d'un Machiavel.

Endossant tour à tour le costume d'un agent de mafias rivales, je détournai l'ire des unes contre les autres et poussai le vice jusqu'à livrer à la justice quelques-unes de ces canailles. Notre conflit numérique se mua peut-être en règlements de comptes meurtriers, je l'ignore. Honnêtement, la question m'indiffère.

A moins qu'ils ne découvrent ce journal -- mais pourquoi accorderaient-ils crédit aux divagations d'un soit-disant vampire? -- pirates et gendarmes continueront d'ignorer le jeu que j'ai joué avec eux. Pour cette fois, nous avons échappé au regard de l'Inquisition.

lundi 24 décembre 2007

Excuses et Meilleurs Vœux

Je vous présente mes excuses pour mon récent silence. Je me suis laissé entraîner par ma douce dans les préparatifs de Noël et en ai oublié la fuite du temps; c'est un défaut que partagent la plupart des miens, et je crains de ne pas faire exception sur le sujet. Dans un registre moins plaisant, le chasseur -- et ses collègues muets -- porte une part de responsabilité également.

Je profite de ce que ma femme se prépare pour venir vous adresser, avec un rien de précipitation, mes meilleurs vœux en cette période festive -- à vrai dire, j'espère qu'aucun d'entre vous n'est devant son écran à me lire en ce moment. Puissiez-vous passer un réveillon agréable en compagnie de ceux que vous aimez.

Je répondrai très bientôt à vos commentaires. Je vous souhaite à tous un joyeux Noël et une excellente année 2008.

dimanche 9 décembre 2007

Huit ans déjà

En ce mois de décembre, Noël approche et ravive dans ma mémoire les événements qui ont bâti le couple improbable que nous formons, ma compagne et moi. Cependant que je me mêle à la foule affairée, que j'observe avec tendresse les enfants fascinés devant les automates des vitrines des grands magasins, il me souvient ces nuits d'espoir, d'angoisse et de doute. Il n'aura pas fallu longtemps pour briser mes certitudes séculaires; j'en rirais presque, maintenant que j'ai réappris à goûter la félicité.

Bien évidemment, si notre amour -- et le lien psychique qu'il induit -- nous aide à surmonter les difficultés, tout n'est pas rose pour autant. Ma bien-aimée souffrira toujours de la complicité que lui impose ma survie, malgré ses dénégations, et elle rêve d'un enfant que je ne peux lui donner. Quant à moi, je tais de mon mieux mes propres tourments, de peur de l'influencer pour son plus grand malheur. Mais l'un comme l'autre, nous ne voudrions pour rien au monde nous quitter.

Un vampire et une mortelle... J'aimerais voir en notre relation la preuve d'une paix possible entre mes semblables et les vôtres.

vendredi 30 novembre 2007

La Réponse du vampire au chasseur

Monsieur le chasseur de vampires mercenaire, vous péchez par orgueil. Mon message relatant nos démêlés informatiques s'adressait à mes lecteurs -- notamment Lord Obscure, puisqu'il a exprimé son désir que je l'informe de l'évolution de nos relations, -- non à vous. Pour tout dire, je pensais que vous aviez abandonné l'idée de votre journal, ayant fini par admettre que ma connaissance du monde vampirique, et de nos relations avec vos collègues, surpasse la vôtre. Après six siècles et demi, le contraire serait étonnant. Vous comprendrez donc que votre réaction me déçoive; j'attendais plus de professionnalisme de votre part que cet étalage d'orgueil blessé.

Inutile, par ailleurs, de revenir sur votre taxinomie du chasseur de vampires: mes lecteurs auront saisi que je ne remettais pas en cause votre conception des choses, respectable en tant que telle, mais l'impression erronée que votre présentation égotiste induisait chez les esprits peu au fait de la situation. Constatant que vous vous obstinez sur cette voie, je me contenterai de relever deux points.

Tout d'abord, ce que vous qualifiez de puissance n'est rien d'autre que de l'expérience. Les pouvoirs d'un vieux vampire ne diffèrent en rien de ceux d'un novice; simplement, il a appris à en user avec une finesse incomparable. Quant aux protections dont nous sommes censés nous entourer durant le jour -- soit dit en passant, non, nous ne sommes pas totalement sans défense, bien que cela nous laisse peu d'espoir malgré tout, -- vous conviendrez que la meilleure, et la seule apte à résister à la force brute, se nomme la discrétion.

Le second point vous concerne plus directement. Dois-je rappeler publiquement vos méthodes? Epier votre cible de loin, nuit après nuit, pour déterminer ses habitudes sans alerter sa vigilance; vous embusquer en hauteur, sur un lieu de passage désert que vous savez qu'elle empruntera tôt ou tard; et enfin, la tirer comme un lapin; conserver sur vous une seringue d'éthanol pour un éventuel témoin malencontreux. Belle démonstration de ``sport'' que voilà. La guerre est sale, vous le savez tout aussi bien que moi.

Sur ce, sachez que vous ne représentez guère à mes yeux qu'une nuisance parmi d'autres, et que votre talent, si je l'apprécie à sa juste valeur, ne m'empêche pas pour autant de dormir. Je serais néanmoins curieux de connaître cette vision écologique que vous avez évoquée à plusieurs reprises.

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