Quel étalage d'insolence je découvre dans les commentaires postés durant mon
absence. Non contents de faire fi des tourments que ma compagne et moi-même
subissions, vous venez me sommer de vous
répondre sans délai, me mettre au défi de
vous prouver ma réalité ou m'enjoindre de vous
transformer, quand vous ne jouez pas simplement au vilain petit vampire, oh si
libre de ces encombrantes règles de vie en société que l'on nomme
conscience.
Est-ce là la triste vérité de cet internet qui effraie tant les puissants?
Ou n'est-ce que le reflet d'une société d'enfants gâtés qui posent la
satisfaction individuelle en valeur absolue? Et vous vous rêvez vampires?
Ha.
Le vampirisme est précisément l'antithèse de ce nombrilisme mâtiné
d'insécurité qui s'étale au grand jour dans les commentaires de mon journal. Le
vampirisme est le don de soi à l'autre au cours de la communion. Le vampirisme
est le rejet du plaisir, une frustration permanente que l'on s'impose à
soi-même. Le vampirisme est la discipline de l'ascète poussée à l'extrême. Le
vampirisme est la solitude éternelle, et l'éternité face à ses propres
tourments. Le vampirisme est l'acceptation d'un monde changeant où les repères
nous échappent, où les civilisations mêmes naissent et meurent. Le vampirisme
est l'humilité devant ces mortels à qui nous devons tout. Le vampirisme est la
peur des chasseurs et la précarité. Quelle ironie: le vampirisme est tout ce
que vous voudriez abandonner avec votre humanité.
Faites donc l'effort de lire le premier commentaire d'Angel-Black: derrière la
formulation hésitante, elle manifeste une rare compréhension de l'état de
vampire.
Devenir vampire n'est jamais un but. Tout au plus cela peut-il être un moyen
d'atteindre un but plus grand.