Après cette entrevue avec le lettré, je me mis frénétiquement en quête d'un vampire apte à m'enseigner son savoir accumulé au cours des siècles. Le vieil homme m'avait dit tout ce qu'il savait, c'est-à-dire bien peu, et je dus apprendre par moi-même à extraire un brin de vérité de l'écheveau des superstitions. Mes premiers espoirs se soldèrent vite par des déceptions cuisantes: les vampires étaient -- et sont toujours, en proportion de la population mortelle -- très rares, et les moyens de communication réduits.

Les mois passèrent, puis les saisons, sans que je pusse découvrir la moindre piste exploitable. J'enrageais à l'idée de passer ma vie entière à poursuivre une chimère pour mourir sans jamais l'avoir atteinte; néanmoins, je ne me décourageais pas. Quelqu'un de plus sage eût sans doute dit que je gâchais ma jeunesse à m'entêter de la sorte, mais en vérité, je menais une existence plutôt normale, conservant pour mon for intérieur mes rêves et mes échecs.

Avec le recul, je pense avoir fait preuve de sagesse en ne révélant mes recherches à personne. Bien qu'il tentât à plusieurs reprises de me détourner de mon objectif, l'érudit également gardait le silence aussi complètement que s'il eût été mon confesseur -- à qui, d'ailleurs, je n'avais osé parler de mon désir de m'acoquiner avec des êtres ``maléfiques'', de peur qu'il ne me vouât aux flammes de l'Enfer.

Le temps s'écoulait, la vie suivait son cours, et rien ne me permettait de croire que je finirais par voir un jour mes efforts récompensés. Mais j'étais obstiné. Je me demande parfois si ce n'est pas le seul point sur lequel je n'ai pas changé.