Après cet aparté, reprenons donc mon récit. Vous vous demandez de quelle manière je procédai dans ma quête des vampires, alors que je ne savais guère d'eux que leur existence elle-même?

Eh bien, je n'avais évidemment pas accès à l'époque à toutes les sources d'information modernes auxquelles vous, enfants du XXIe siècle, pouvez être habitués. Ajoutez à ce premier obstacle notre méconnaissance des lois de la nature, en particulier sur l'origine des maladies et des phénomènes de contagion, et vous devinerez vite que j'avançais pour ainsi dire en aveugle.

Vous devez comprendre qu'au Moyen-Age, nous croyions fermement aux vampires, autant qu'aux anges et aux démons, aux sorciers, aux fées, aux fantômes et aux dragons. Je veux dire par là que dans notre esprit, ils étaient tous aussi réels que la terre sous nos pieds. A la lumière de mon expérience, j'ai tendance à considérer que nous n'étions pas plus dans l'erreur que vous aujourd'hui quand vous rejetez tout cela en bloc... Mais nous nous faisions, en tout cas sur les vampires, une idée bien différente de la réalité. De nos jours encore, dans les régions les plus reculées d'Europe centrale, des villageois déterrent les morts, mutilent leur cadavre et l'incinèrent pour faire cesser une ``épidémie de vampirisme''.

Or l'érudit m'avait appris que, contrairement aux rumeurs populaires, les buveurs de sang étaient supérieurement rusés -- ce qui est faux, mais moins que de croire le contraire, -- qu'ils restaient rarement longtemps au même endroit, qu'ils étaient plus rapides que le vent, et d'une force inouïe, et qu'ils ne redoutaient rien d'autre que le feu et le soleil, pas même le pouvoir de l'Eglise. Il en avait d'ailleurs conclu que Dieu devait les laisser hanter la Terre pour punir les hommes de leurs fautes.

J'avais en outre été prévenu qu'ils pouvaient sentir une présence humaine à plus de cent pas, et qu'ils avaient la faculté de lire dans les esprits et d'y imposer leur volonté -- autres interprétations erronées de phénomènes bien réels. Enfin, et le plus important: les vampires étaient sensibles à la raison. Il était possible de leur parler et, malgré le péril qu'ils représentaient, de survivre à une rencontre, si l'on parvenait à leur plaire.

C'est donc fort de ces maigres informations que je me mis à la tâche.