Au début de mes investigations, je péchai par excès d'enthousiasme. J'entrepris d'aller interroger nos serfs, prétextant auprès de mon père que je souhaitais me charger de leurs doléances. Tout en se désolant que je continuasse à dédaigner les honneurs de la chevalerie, il se réjouit de me voir endosser les responsabilités qui seyaient à un seigneur: au moins, cet obstacle-là me fut épargné. Mais évidemment, aucun de nos serfs n'avait jamais aperçu un vampire, hormis peut-être en songe, et après plusieurs désillusions, je dus finir par reconnaître que mes recherches s'annonçaient bien plus ardues que ce que je m'étais imaginé.

J'élargis alors mon champ d'action à toute la région. Sous couvert de gérer les relations de bon voisinage ou de collecter les taxes, je partais sur les routes dès que l'occasion se présentait. Je me passionnai pour les chants des trouvères -- ou plutôt pour les récits qu'ils colportaient à la faveur d'un verre de vin, -- me mêlai aux vilains et aux bourgeois et déliai leurs langues grâce à des cadeaux choisis, confortai nos vassaux et flattai nos suzerains. Et lors de chaque rencontre, je restais bien sûr à l'affût de la moindre rumeur susceptible de trahir des événements d'origine vampirique.

J'eus également l'occasion de mettre en pratique le maniement des armes pour repousser brigands ou pillards, avec un certain succès malgré mon jeune âge. Déjà à l'époque, mes méthodes étaient efficaces quoi que pas toujours très orthodoxes. Mon père eût été choqué s'il avait connu les détails de mes victoires.

J'appris ainsi la diplomatie et le combat, contribuai à maintenir la paix sur nos terres et avec les seigneurs voisins, et, je dois dire, renforçai quelque peu notre influence politique locale. Mais de vampires, point.