Une fois cependant, je dénichai une piste sérieuse. Comme souvent, je m'étais installé dans une taverne et j'avais offert copieusement à boire à un paysan à l'air loquace. Au cours de la discussion, il lâcha que les habitants d'un hameau un peu plus éloigné vivaient dans la peur depuis plusieurs semaines, car au moins quatre d'entre eux avaient été enlevées à la nuit tombée et leur corps retrouvé par la suite à moitié dévoré par les bêtes sauvages.

« L'étranger, moi j'vous dis qu'c'est l'étranger. » marmonna-t-il à plusieurs reprises, visiblement effrayé à la simple idée d'en parler à haute voix.

A force de patience -- ma longue quête m'avait au moins enseigné cela, -- je réussis à lui soutirer que ce mystérieux étranger avait élu domicile dans la forêt avoisinante un mois auparavant. L'inconnu à l'allure de vagabond n'avait été aperçu que le soir, et portait toujours une capuche qui dissimulait en grande partie son visage.

Très excité mais sur mes gardes, j'entrepris dès le lendemain de me rendre sur place. Là, les langues se délièrent, les malheureux voyant en moi leur sauveur. J'ignorais, à vrai dire, ce que je ferais du coupable une fois que je l'aurais débusqué; allais-je conclure un pacte avec un pendard qui s'attaquait à d'innocents villageois? Une chose était certaine, en tout cas: l'être n'était pas humain, la force herculéenne transparaissant derrière les récits des témoins l'attestait. Aidé des plus courageux hommes des environs, j'organisai des battues dans les bois jusqu'à retrouver la cabane où l'individu s'abritait.

Mais je n'eus jamais à choisir entre mon désir de rencontrer des vampires et ma morale. Le suspect avait disparu sans demander son reste quelques jours auparavant, et ne revint jamais -- je m'en assurai régulièrement par la suite. Aujourd'hui encore, j'ignore s'il s'agissait effectivement d'un vampire, ou d'un type différent de créature surnaturelle.