Ce fut seulement le troisième soir que j'osai aborder une question qui me brûlait les lèvres. Antoine paraissait en meilleure santé cette nuit-là, et je devinai qu'il avait dû s'alimenter en sang la veille après m'avoir quitté. Quoiqu'aucune rumeur de la journée ne m'eût laissé croire qu'il s'attaquât à des innocents, je préférais en avoir le cœur net.

« Pardonnez mon indiscrétion... » hésitai-je. Je me repris et me forçai à feindre une fermeté dont je ne disposais pas: « Mais si nous devons poursuivre notre relation, je réclame de savoir comment vous subsistez. Je vous préviens que j'entends protéger les honnêtes gens et ne tolérerai nulle attaque injustifiée. »

L'espace d'un instant fort désagréable, je craignis qu'il ne se vexât et me préparai à me défendre dans cette hypothèse. Heureusement, je fus vite soulagé de constater qu'il souriait paisiblement.

« Emporté, mais brave, remarqua-t-il sur un ton de moquerie bienveillante. Ta préoccupation fait honneur à ton rang, et j'y réponds bien volontiers: je prends pour repas les brigands de tout poil ou, s'ils viennent à manquer, je prélève assez peu de sang pour ne pas porter préjudice à ceux dont je me sers ainsi. Rassuré? »

J'acquiesçai, peu désireux de poursuivre, et nous passâmes à un autre sujet qui me mettait moins mal à l'aise. Par la suite, je prêtai une oreille très attentive aux doléances de nos serfs et aux divers racontars, et je vérifiai dans la mesure du possible la sincérité de ses dires.

Je découvris en revanche quelque chose qui me surprit, mais plusieurs semaines avaient passé entre-temps.