Le Vampire et la Peste noire
Par Fabien de Montargy le jeudi 17 mai 2007, 05:39 - Mon histoire - Lien permanent
Alors que la terrible peste noire ravageait la France et l'Europe et décimait la région, notre domaine et ses environs restaient miraculeusement épargnés -- cela n'avait bien sûr rien d'un hasard. Quand je m'en entretins avec Antoine, il m'apprit les rudiments d'épidémiologie qu'il tirait de sa longue observation du monde et de ses sens vampiriques.
La peste était contagieuse, et elle venait des rats. L'odeur de la maladie trahissait les voyageurs infectés avant même qu'ils ne risquassent de la transmettre à leur tour; aussi suffisait-il pour tenir à distance l'épidémie de se nourrir sur eux, à condition d'exterminer par ailleurs le plus de rats possible.
Antoine nous protégeait de la sorte depuis le début. Il avait certes menti par omission la troisième nuit, mais je le lui pardonnais bien volontiers: je le connaissais désormais suffisamment pour comprendre qu'il agissait par volonté de nous protéger. Sur ma demande insistante, il promit également de veiller sur la famille de la Fontaine aux Lys.
Supprimer froidement des malades peut sembler bien cruel aujourd'hui, pour vous qui connaissez les antibiotiques et les hôpitaux, mais c'est ce qui nous sauva.
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Commentaires
Là encore, je m'étonne : passe encore que quelqu'un dans le coma puisse être propre à la consommation d'un vampire, mais quelqu'un ayant la peste noire ??? Vous n'allez tout de même pas me dire que ce n'est pas du sang malade, et le fait qu'ils ne soient pas contagieux n'enlève rien au fait qu'ils soient malades. Est-ce parce que du sang qui "vient juste" d'être infecté porte encore assez de vie ?
Bonsoir Fabien, je trouverai pour ma part assé logique que votre sang, celui qui vous permet de vivre aussi longtemps puisse éliminer un virus mais dans une réponse à Ideus, que je salut au passage, vous écriviez que "la maladie ou la vieillesse rendent le sang impropre à l'alimentation d'un vampire" ? Est-ce que votre sang peut soigner les blessures ?
Antoine avait l'air de vous aimer beaucoup, pourriez-vous nous décrire votre relation, vos sensations face à lui ?
Merci d'avance !!!
Bonsoir à vous deux. Pour vous répondre, Ideus, c'est en effet moins la maladie en soi qui rend le sang imbuvable que l'état de faiblesse dans lequel se trouve la victime. Encore que même cette affirmation reste une généralisation quelque peu hâtive: certains dysfonctionnements, en particulier le cancer, diminuent plus la vitalité qu'une infection pourtant plus manifeste mais bénigne. Cela étant, nous sommes capables de percevoir dans le sang une contamination latente, quand bien même il nous nourrit de manière satisfaisante.
Pour préciser un peu les choses, Mercana, je ne risque rien d'autre pour avoir mordu un malade ou un vieillard qu'une sensation de nausée -- et, surtout, l'absence d'assouvissement de ma faim. Leur sang nous est inutile, à défaut d'être toxique. Dans une certaine mesure, oui, mon corps est capable d'éliminer les virus et les bactéries. Je ne suis d'ailleurs jamais contagieux pour les mortels. Je n'ai en revanche pas le pouvoir de soigner autrui, ni d'une maladie, ni d'une blessure; tout juste puis-je éviter une infection de surface en léchant la plaie.
Au sujet d'Antoine, m'aimait-il? Indubitablement, il me respectait et appréciait beaucoup nos conversations. Mais il était trop indifférent au monde pour véritablement parler d'affection. Je l'expliquais à Ideus en commentaire d'un autre article: la raison même qui lui avait permis de supporter aussi longtemps l'immortalité tenait à son absence d'attachement.
De mon côté, je nageais dans le bonheur de voir mon rêve se matérialiser. En outre, il faut bien l'avouer, Antoine me fascinait purement et simplement, non seulement par sa culture et son intellect mais aussi par sa grâce féline de vampire et la perfection de ses traits. Néanmoins, malgré la confiance que je fus rapidement porté à lui accorder, je conservai un certain temps une crainte instinctive à l'idée d'approcher un être assoiffé de mon sang, comme je l'évoquais en réponse à gyver. Ma joie et mon admiration ne suffisaient pas à me faire oublier une saine prudence, même si, objectivement, fréquenter à l'insu de tous un vampire que l'on connaît à peine n'est pas faire preuve d'une grande sagesse.
Toujours est-il que nous étions faits l'un pour l'autre: lui, le philosophe errant, avait trouvé en moi un disciple studieux, et moi, l'insatiable curieux, m'enthousiasmais d'apprendre auprès d'un maître aussi docte. J'étais heureux.
Dans certain de vos texte j'ai limpression de me retrouver dans le film entretien avec un vampire =)