Alors que la terrible peste noire ravageait la France et l'Europe et décimait la région, notre domaine et ses environs restaient miraculeusement épargnés -- cela n'avait bien sûr rien d'un hasard. Quand je m'en entretins avec Antoine, il m'apprit les rudiments d'épidémiologie qu'il tirait de sa longue observation du monde et de ses sens vampiriques.

La peste était contagieuse, et elle venait des rats. L'odeur de la maladie trahissait les voyageurs infectés avant même qu'ils ne risquassent de la transmettre à leur tour; aussi suffisait-il pour tenir à distance l'épidémie de se nourrir sur eux, à condition d'exterminer par ailleurs le plus de rats possible.

Antoine nous protégeait de la sorte depuis le début. Il avait certes menti par omission la troisième nuit, mais je le lui pardonnais bien volontiers: je le connaissais désormais suffisamment pour comprendre qu'il agissait par volonté de nous protéger. Sur ma demande insistante, il promit également de veiller sur la famille de la Fontaine aux Lys.

Supprimer froidement des malades peut sembler bien cruel aujourd'hui, pour vous qui connaissez les antibiotiques et les hôpitaux, mais c'est ce qui nous sauva.