Antoine ne vécut que de loin la naissance, l'ascension et la mort de Jésus de Nazareth. L'affaire ne lui semblait pas si importante, à l'époque. Un agitateur politique adepte des arts magiques et se prétendant prophète? Baste! En quoi cet illuminé concernait-il un vampire philosophe? Ce n'était pas le premier, et bien d'autres viendraient encore. Les massacres de chrétiens qui suivirent l'affligèrent plus, sans pour autant l'inciter à intervenir. Il regrettait ces persécutions d'innocents pour tenter de préserver un empire vieillissant, mais méprisait l'obstination des martyrs à mourir au nom d'un au-delà idéalisé.

Cependant, les décennies puis les siècles se succédant, l'influence grandissante de ce Christ et de ses apôtres amenèrent Antoine à s'y intéresser de plus près. Il était néanmoins largement trop tard pour espérer obtenir des informations de première main, les protagonistes directs ayant disparu depuis longtemps. Il s'attacha donc, à défaut, à enquêter sur les manifestations divines.

J'avoue ne plus me souvenir de tous les détails des aventures que me relata mon mentor au cours de nos innombrables nuits de discussion; je me rappelle en revanche sa conclusion désabusée: les miracles n'étaient rien d'autre que de la magie déguisée, et les apparitions, des fantômes ou de simples illusions. C'était la croyance des vivants et des morts, et non Dieu, que l'on voyait à l'œuvre.

Après ses fredaines dans la chapelle, les analyses circonstanciées d'Antoine contribuèrent à me détacher sans appel de la religion de mes contemporains.