En première approximation, notre perception de nos membres ne se modifie pas, bien que, notre sens tactile se décuplant, nous ayons beaucoup plus facilement tendance à remarquer les matières au contact de notre peau. L'image mentale que je me fais de mon corps est semblable à celle d'un mortel. Nous conservons également notre sensibilité proprioceptive -- c'est-à-dire liée aux muscles et aux os, -- notre équilibre et notre rapport à l'espace. Cela nous vaut d'ailleurs plus d'une chute avant d'avoir appris à adapter nos gestes à notre force et notre rapidité de vampires: il nous faut réinventer les réflexes autrefois les plus naturels.

Dans un autre domaine, nous partageons avec vous ce petit pincement au cœur en cas d'émotion subite, heureuse ou douloureuse, mais j'en ignore l'origine physiologique. Notre myocarde se contracte-t-il réellement en ces instants, comme il en donne l'impression? Ou s'agit-il d'un tout autre phénomène? Je ne le sais. Voilà en tout cas un point commun que vous ne soupçonniez peut-être pas. Du côté des différences, nous avons en propre une sensation que vous ne pouvez connaître: cette sorte de chatouillis des chairs et des membres en train de se régénérer à vue d'œil. Je ne la qualifierai pas d'agréable, mais puisqu'elle annonce la fin de la souffrance d'une blessure, elle est toujours la bienvenue.

Signalons également que nous ne ressentons aucun vertige après un mouvement brusque ou une rotation prolongée alors que, comme je le décrivais ci-dessus, notre sens de l'équilibre se conserve à l'identique. Un vampire ne souffrira pas du mal des transports, ou uniquement pour des raisons psychologiques. La fatigue aussi évolue, sans pour autant disparaître. Nous ressentons une faiblesse dans nos muscles après un effort trop intense; en revanche, nous ne subissons évidemment ni essoufflement, ni accélération du rythme cardiaque et battement du pouls dans les tempes, ni non plus de point de côté. L'épuisement lui-même s'évanouit vite après un peu de repos, nettement plus rapidement que chez un mortel, et nous sommes épargnés aussi bien par les courbatures que par les crampes.

Je terminerai cet article par un point qui, justement, ne change pas, contrairement à ce que vous pourriez croire: nous ressentons la douleur de la même manière que vous. Seules les causes évoluent. Ainsi, la souffrance de la privation de sang, qui n'a pas d'équivalent chez les mortels, remplace l'ensemble des petites douleurs quotidiennes que vous connaissez et que nos capacités de guérison font disparaître. Quoiqu'il nous soit plus facile d'apprendre à résister à la souffrance dans la mesure où nous savons ne pas craindre de séquelles, nous avons tout aussi mal que vous quand nous nous blessons, à gravité équivalente. Certains chasseurs l'ont d'ailleurs bien compris.