L'Heure du départ
Par Fabien de Montargy le jeudi 27 septembre 2007, 03:22 - Mon histoire - Lien permanent
Heureusement, la nuit reprit une tournure moins dégradante dès que je pus me laver, et la suite m'épargna d'autres hontes diurnes. Mon mentor et moi vécûmes ensemble une semaine, pendant laquelle il me transmit tout le savoir nécessaire à un jeune vampire: comment s'alimenter sur des mortels pendant leur sommeil sans les blesser, pour le cas où les criminels viendraient à manquer; comment feindre les petits gestes humains; comment s'abriter du soleil en l'absence de refuge construit... Elève studieux, je prêtais attention au moindre de ses conseils et m'efforçais de me montrer irréprochable.
Puis vint le moment de notre séparation, car la région ne pouvait supporter longtemps plusieurs buveurs de sang mais je ne me sentais pas encore prêt à entamer un long voyage. A la vérité, je souhaitais surtout veiller sur mes proches, bien que je reconnusse préférable de ne pas les approcher -- à tout le moins nourrissais-je la ferme intention de ne jamais leur laisser deviner ce que j'étais devenu.
Nous nous promîmes de nous retrouver tôt ou tard, convînmes d'un signe de reconnaissance à laisser sur nos lieux de passage et échangeâmes nos projets pour les années à venir. Après qu'Antoine eut empaqueté ses quelques possessions, nous nous étreignîmes brièvement. Une vague nostalgie m'assombrit à l'idée de voir s'éloigner cet homme avec qui j'avais partagé tant d'années, mais elle cessa aussi vite que notre embrassade; mon compagnon, de son côté, abordait nos adieux avec son détachement coutumier.
Il jeta sa besace sur son épaule et quitta la cabane, m'adressant un salut non moins impassible que s'il eût compté revenir au matin, auquel je répondis d'un grand signe de la main. De la porte, je le regardai disparaître dans la forêt. La mélancolie avait cédé la place à l'impatience de pouvoir voler de mes propres ailes, et je réfléchissais déjà à ce que nous pourrions nous dire quand nos chemins se croiseraient à nouveau.
Je ne me doutais pas, alors, que je ne devais jamais le revoir.
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Commentaires
Bien solitaire doit être la vie d'un vampire...
Bonsoir Alyanie, et bienvenue sur mon journal. S'il est un qualificatif en effet qui s'est longtemps appliqué à notre vie, c'est bien celui de solitaire. Je me réjouis que les grandes agglomérations urbaines, et la vaste population humaine qu'elles induisent, autorisent aujourd'hui mes semblables à se regrouper comme jamais auparavant. Les moyens de communication modernes nous permettent également de rester en contact, même quand nos chemins se séparent. De ce fait, les vampires du XXIe siècle sont moins solitaires que jadis.
Les jeunes tendent en outre à rester proches de quelques alliés de confiance capables d'accepter leur transformation, quand ils ne vivent pas avec leur mentor. Néanmoins, nous devons et devrons toujours éviter des relations trop poussées avec nos voisins, et refuser l'amitié de tous ceux qui nous voueraient à l'anéantissement sitôt la vérité découverte -- une écrasante majorité. Un autre danger plane sur l'attachement à des mortels: certains chasseurs n'hésiteraient pas à prendre en otage la personne aimée pour atteindre le vampire.
Quant à moi, je souffre de ma solitude plus amèrement que par le passé, alors que je suis bien plus entouré qu'à l'époque. Les sentiments de ma compagne ne suffisent pas à me faire oublier que pour elle, pour vous, je suis un monstre, quelles que soient mes qualités par ailleurs.
Bonsoir Fabien.
Contre toute attente, j'ai une nouvelle question
Vous dites qu'Antoine vous a appris à vous nourrir sur des personnes endormies. Pourtant, vous avez toujours dit ne pas pouvoir vous passer de tuer pour ne pas laisser de traces. J'en déduis que c'est une nécessité moderne, dû aux moyens d'investigations et aux sécurités qui sont apparus relativement récemment ?
Bonsoir de nouveau. Je vous encourage à poser autant de questions que vous le souhaitez.
Vous avez partiellement raison: si la nécessité est effectivement venue avec le temps, elle fait suite à l'apparition des chasseurs et au développement des villes. Au Moyen-Age, peu importait qu'un mortel découvre les marques de morsure ou même se souvienne de l'attaque. Quand bien même il en eût reconnu l'origine, le vampire était déjà loin. Aujourd'hui, compte tenu des moyens de communication -- plus que d'investigation -- et de la sédentarisation des miens, le risque serait bien trop grand.
Quoi qu'il en soit, sachez que j'abhorrais cette méthode de subsistance et, déjà à l'époque, ne l'utilisais qu'en dernier recours.