Le Chant des sirènes
Par Fabien de Montargy le vendredi 1 février 2008, 05:28 - Mon histoire - Lien permanent
« Fabien, faites de moi votre semblable. »
Je me persuadai d'avoir mal entendu.
« Vous en avez le pouvoir, n'est-ce pas? reprit-elle de sa voix de miel, promenant la main sur mon torse. Oh, beau vampire, ne désirez-vous pas cette communion dont vous m'avez tant vanté les délices? »
Je songeai dans un recoin de mon esprit qu'elle semblait plus à l'aise que moi avec ma nouvelle nature, et redoutai de la fasciner à mon insu. Je protestai:
« Je ne puis commettre une telle perfidie! Eléonor, vous ne réalisez pas: ce serait vous jeter dans la nuit éternelle, vous condamner à la pire vilenie. Nous buvons le sang des mortels! »
Comme elle se pressait contre mon sein, je me réjouis de résister sans trop de peine à la tentation de la mordre à nouveau.
« Fabien, je réalise parfaitement mais ne souhaite rien d'autre que de vous rejoindre. Votre mentor a-t-il manifesté tant de mauvaise grâce? Ne vous montrez pas cruel au point de me dénier, à moi, ce qui vous a été accordé. »
Je sentais fondre ma résolution sous ses chatteries; en désespoir de cause, je tentai une autre échappatoire.
« Je ne saurais vous transformer à votre tour sans une préparation longue et rigoureuse, semblable à celle qu'Antoine exigea de moi. Vous devrez exercer votre esprit à affronter l'inconcevable.
- Fabien! Vous êtes bien prompt à oublier que je ne partage pas votre immortalité. Je serai vieille femme avant que vous ne vous décidiez. »
Elle me tourna le dos. La voir s'écarter me mettait au supplice, et encore davantage le soupir qui s'ensuivit:
« Sans doute, en vérité, ne m'aimez-vous pas tant que vous le prétendez. »
Pour grossier que fût le piège, je ne pouvais y résister.
« Vous êtes injuste! Eléonor, ma mie, unir nos âmes est mon rêve le plus cher, vous le refuser la plus terrible torture. Soit, je... Je resterai à vos côtés pour vous assister dans le chaos de la vie de vampire, quand la désespérance menacera de vous emporter. Mais j'ai besoin de quelques temps, afin d'aller quérir... des victimes... » achevai-je difficilement, ne pouvant me résoudre à l'imaginer s'en rassasier.
Elle m'accorda une nuit. Des heures durant, je priai Dieu que la lumière du jour et une nuitée en mon absence la ramenassent à plus de raison. Mais les prières d'un vampire n'obtinrent pas l'audience céleste.
Les textes de Fabien de Montargy, S. et Talie, billets et commentaires,
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Commentaires
Cher Fabien,
toujours
occupée, mais toujours fidèle lectrice, je suis, dorénavant.
Peut-être, eussiez-vous dû lui faire peur ?
en disant, mais oui bien sûr et en souriant de vos crocs, et en mîmant le fait de vous apprêtez à bondir sur elle (peut-être aurait-t-elle hurlé et pris ses jambes à son cou devant tant d'ardeur "funéraire")...
Il n'y a rien de plus tentant que le refus, enfin, ce n'est que mon avis....
Ca auraît pu créer un blocage, là , vous avez sans-doute décuplé son envie...
Et encore merci, de m'avoir souhaité la bienvenue sur votre blog
Bonsoir Pecky, je suis votre obligé. Dans ma vie quotidienne, je n'ai pas si souvent la chance de converser avec des mortels qui ne me tiennent pas rigueur de ma nature, à l'exception de ma compagne.
Pour en revenir à Eléonor, une telle idée ne pouvait seulement me traverser l'esprit, godiche que j'étais. Je doute, néanmoins, que le stratagème eût fonctionné, bien que je reconnaisse aujourd'hui que mon refus relevait de la plus grande naïveté. Tout d'abord, Eléonor me connaissait bien mieux que je ne la connaissais moi-même, et elle n'aurait pas manqué de me percer à jour. Mais surtout, son aliénation rendait à ses yeux la mort presque aussi attirante que le vampirisme. Elle n'aurait pas fui, ni n'aurait hurlé de terreur. Elle aurait probablement attendu son sort avec indifférence, puis souri de me voir reculer.
« Elle aurait probablement attendu son sort avec indifférence, puis souri de me voir reculer. »
J’aime beaucoup. Comme tout ce blog, d’ailleurs. Un vampire qui sait user de la langue française comme de sa langue (française), que rêver de mieux ?