L'Esprit et la Chair
Par Fabien de Montargy le vendredi 13 juillet 2007, 04:20 - Mon histoire - Lien permanent
Antoine enfonça la porte de la masure puis s'élança à l'intérieur; l'imitant, je fondis sur le deuxième homme. L'individu eût été trop interloqué pour réagir face à d'autres mortels -- contre des vampires, il n'avait aucune chance. Avant même qu'il eût réalisé l'anormalité de l'attaque, je plongeai mon regard dans le sien comme mon professeur me l'avait enseigné. Je perçus une résistance ténue, qui vola aussitôt en éclats, et la puissance de mon agression ravagea son esprit. Je passai la main devant son visage mais c'était inutile, il s'affaissa, les yeux révulsés, mentalement détruit. Ce pouvoir se révélait d'un exercice étonnamment aisé, étonnamment... naturel, tel un simple acte de volition.
Je me retournai vers mon compagnon, qui m'indiqua que le troisième larron s'éveillait juste. Un battement de son cœur et j'étais devant lui, répétant la manœuvre. Cette fois, je frôlai à peine sa psyché, au point que je dus m'y reprendre à deux fois pour lui faire perdre connaissance. Je le reposai sur la couche qu'il n'avait eu le temps de quitter et qui serait son lit de mort.
Un bruit de succion attira mon attention alors que je me réjouissais d'avoir trouvé le bon équilibre d'usage de l'hypnose. Les yeux mi-clos, voûté contre le malandrin qu'il avait endormi, une main sur la nuque et l'autre au niveau des reins, mon mentor tétait voracement sa gorge. Je réalisai que c'était la première fois qu'il se nourrissait en ma présence. Qu'y eût vu un mortel? Une relation homosexuelle où un pouilleux balafré se pâmait dans les bras d'un albinos? L'étreinte offrait un étrange mélange de sensualité et de sauvagerie, Antoine trop avide, son partenaire trop flasque.
Et pour moi, jeune vampire incomplètement rassasié, y assister représentait une véritable torture. Je réprimai mon envie de hurler de désir -- ou plutôt de me jeter sur le brigand tout proche -- et me contraignis à observer. Antoine m'avait regardé faire, après la communion, or il avait été affamé. Je devais pouvoir résister.
Ce n'était qu'une question de volonté.
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Commentaires
Tout d'abord bonjour (ou bonsoir?) Je lis depuis peu l'histoire qui est la votre et m'y interresse de très prés.Je tiens a vous feliciter pour la qualitè de vos recits,O combien palpitant, et de votre droiture si rare en ce bas monde.Faisons fi de cette etalage de felicitations que vous , tout de maniere, savait merité, et si non alors sachez le: ON VOUS AIME!!!(Sauf erreur de ma part) Mais lors de mes insomnies habituelles quelques question se sont mises a tourner dans mon crane de mortel et ces derniers temps leur incessantes allés et venues n'ont eue de cesses de me tourmenter (Rien d'affollant tout de meme, mais ça reste agaçant) DONC (on va y arriver) voici mes questions,Tres cher Fabien:
"Vous nous avez parlez de quelque des multiples causes de mortalitè chez les vampires, mais qu'en ait il de vos semblables? Ect-ce que le vampire peut il etre un predateur pour les siens?
Et , si oui, quel serait les effets d'une absorption de sang d'autre vampire ,non consentant je veux dire?Est ce considerer comme du cannibalisme? Quelles est la premiere cause de mortalitè chez les "enfant de la nuit"?
Voila pour le moment, je garderai mes autres (et elles sont nombreuses),
interrogations pour plus tard, et j'espere ne pas etre trop indigeste dans ma présente "missive".
Sur ce, je vous souhaite encore de longues nuits, et que vos recits soit nombreux....
(genial ça a pas marcher!!!)
N'ayant pas compris comment me servir de ces commentaires (desolè d'avoir si peu d'aptitudes en informatique et d'avoir "tué" la propretè du blog, j'ai honte!) Je vais resumer mes questions pour eviter d'autre bourdes de ma part: "Que se passe t il si un vampire en mords un autre (non consentant)? Quelle est la premiere cause de mortalité chez les vampires? Merci et encore dèsolè, je m'en vais me flageller pour mon erreur...
{T'inquiète, je corrige les problèmes d'affichage à la main quand je les vois. L'astuce, c'est qu'il ne faut pas commencer une ligne par des espaces, sinon l'outil de formatage automatique ne met pas de retour à la ligne (ça sert à insérer du code informatique en général).}
{Ok,merci pour l'astuce et encore desolè}
Bonjour ou bonsoir? C'est une question que je me pose également: dois-je employer bonsoir, puisque je vous écris la nuit, ou bonjour, sachant que vous me lirez probablement en pleine journée? J'avoue ne pas être très au fait des usages du monde virtuel. Quoi qu'il en soit, je vous souhaite la bienvenue. Votre appréciation me touche, bien que je ne sois pas certain de mériter tant de compliments. J'ai commis nombre d'erreurs tragiques et de sinistres forfaits au cours de ma longue vie.
Pour en revenir à votre question, la réponse est à la fois oui et non. D'un côté, nous pouvons absorber le sang d'un autre vampire; de l'autre, il ne nous apporte rien. Si le goût, plus épicé que celui d'un mortel, nous reste plaisant, il est loin de provoquer la même volupté. Il existe en outre des manières bien plus efficaces et moins dangereuses d'éliminer un des nôtres que de boire tout son sang, telles que la décapitation. J'imagine que saigner un de nos semblables serait vu comme une perversion répugnante... Mais cela ne se produit pour ainsi dire pas. Je n'ai jamais connu de ``vampire des vampires''. En revanche, les couples pratiquent souvent la communion entre eux -- un échange consentant, donc, -- pour connaître cette intimité des âmes que j'ai décrite à propos de ma transformation.
La principale cause de mortalité parmi les miens est le suicide, souvent déguisé en accident ou en exécution par des chasseurs. Je l'évoquais en réponse à Ideus à propos de l'âge d'Antoine: beaucoup finissent par ne plus supporter leur immortalité et se laissent mourir.
La seconde cause de mortalité est le Commandeur et ses hommes. Mais je préfère ne pas trop en parler pour l'instant.
En ce qui concerne les usages, peu importe entre bonjour et bonsoir. Après tout, les francophones ne sont pas tous sur le même fuseau horaire et votre histoire n'est pas uniquement intéressante pour vos voisins géographiques.
Par ailleurs, certains d'entre nous ont des horaires un peu particuliers...
Je dois avouer que je ne m'attendais pas à ce qu'un vampire ait tellement soif après sa conversion et qu'il faille non pas un ni même deux mais au moins trois ou quatre victimes (ça en fait des litres de sang, je me demande même physiquement comment on peut absorber autant de liquide...). N'est ce pas dangereux pour lui ? A peine converti, inexpérimenté, il est plongé dans un état second où il a toutes les peines du monde à se maîtriser et à ne pas se lancer dans un massacre. J'imagine que malgré la présence de leurs mentors certains jeunes vampires se sont fait exterminer peu après leur conversion faute d'avoir pu rester suffisamment discrets.
Bonsoir, donc, gyver.
La communion est en effet extrêmement demandeuse
pour les deux partenaires. Je ne sais pas plus que vous comment au juste nous
pouvons absorber autant de sang en une seule fois, ni ce que devient tout ce
liquide, d'autant que nous ne l'éliminons plus comme vous. Nous n'urinons pas,
nous ne transpirons pas, nous n'évacuons pas de vapeur d'eau par les poumons. A
l'évidence, le sang se comporte différemment de n'importe quoi d'autre: je
serais bien incapable d'ingérer plusieurs litres d'eau en quelques minutes sans
en subir de pénibles désagréments.
Pour fixer les idées, deux victimes suffisent à nourrir convenablement un vampire après une communion. Il peut même se contenter d'une seule, mais alors, il devra retourner s'alimenter le lendemain. Le problème pour un novice est d'arriver à maîtriser ses pulsions -- je n'avais pas véritablement besoin de plus de sang ce soir-là, mais j'en avais envie, à cause de la proximité des mortels et surtout à cause de la vue d'Antoine buvant. Même aujourd'hui, le simple fait de vous décrire mes sensations sur ces pages attise douloureusement mes désirs. Mais j'ai appris depuis longtemps à y résister et cela ne porte pas à conséquence.
Il faut également ajouter qu'ayant involontairement tué ma toute première victime avant d'avoir pu m'en sustenter, beaucoup de son sang s'est retrouvé gaspillé, et que par ailleurs, j'avais déjà condamné dans mon esprit ces brigands à mort. En présence d'innocents, je suppose que je me serais enfui. L'un dans l'autre, si le mentor prend quelques précautions et que son disciple évite d'approcher les mortels trop tôt ou en s'étant insuffisamment restauré auparavant, tout se passe bien.