Antoine enfonça la porte de la masure puis s'élança à l'intérieur; l'imitant, je fondis sur le deuxième homme. L'individu eût été trop interloqué pour réagir face à d'autres mortels -- contre des vampires, il n'avait aucune chance. Avant même qu'il eût réalisé l'anormalité de l'attaque, je plongeai mon regard dans le sien comme mon professeur me l'avait enseigné. Je perçus une résistance ténue, qui vola aussitôt en éclats, et la puissance de mon agression ravagea son esprit. Je passai la main devant son visage mais c'était inutile, il s'affaissa, les yeux révulsés, mentalement détruit. Ce pouvoir se révélait d'un exercice étonnamment aisé, étonnamment... naturel, tel un simple acte de volition.

Je me retournai vers mon compagnon, qui m'indiqua que le troisième larron s'éveillait juste. Un battement de son cœur et j'étais devant lui, répétant la manœuvre. Cette fois, je frôlai à peine sa psyché, au point que je dus m'y reprendre à deux fois pour lui faire perdre connaissance. Je le reposai sur la couche qu'il n'avait eu le temps de quitter et qui serait son lit de mort.

Un bruit de succion attira mon attention alors que je me réjouissais d'avoir trouvé le bon équilibre d'usage de l'hypnose. Les yeux mi-clos, voûté contre le malandrin qu'il avait endormi, une main sur la nuque et l'autre au niveau des reins, mon mentor tétait voracement sa gorge. Je réalisai que c'était la première fois qu'il se nourrissait en ma présence. Qu'y eût vu un mortel? Une relation homosexuelle où un pouilleux balafré se pâmait dans les bras d'un albinos? L'étreinte offrait un étrange mélange de sensualité et de sauvagerie, Antoine trop avide, son partenaire trop flasque.

Et pour moi, jeune vampire incomplètement rassasié, y assister représentait une véritable torture. Je réprimai mon envie de hurler de désir -- ou plutôt de me jeter sur le brigand tout proche -- et me contraignis à observer. Antoine m'avait regardé faire, après la communion, or il avait été affamé. Je devais pouvoir résister.

Ce n'était qu'une question de volonté.