Après m'être bouché les oreilles et enduit de boue, je contournai le village pour évaluer la situation. Malgré mes protections, des grincements stridents me déchiraient les tympans; plus je restais à proximité, et plus une angoisse sourde m'oppressait. Peu m'importait. L'appel de la rédemption me plongeait dans une transe qui me détachait de mes sensations.

Je constatai que l'ennemi avait dressé de grands feux dans chaque trouée, m'empêchant de voir au-delà, et avait enflammé plusieurs bâtiments. J'envisageai un temps de chercher un seau et de l'eau afin de m'ouvrir un passage, mais une autre idée me vint: puisque notre adversaire se trouvait toujours à l'intérieur, l'incendie ne pouvait qu'être limité à la périphérie du village...

Les oreilles en sang et l'esprit à la dérive, je m'élançai au-dessus du brasier vers une mort certaine. Je traversai sans les sentir les nuées ardentes avant qu'un mur de pierre ne stoppât violemment ma course, m'envoyant bouler dans les flammes; je me relevai trop vite pour leur laisser prise et repartis aussitôt, encore étourdi de ma chute. Un épieu de bois me transperçait le flanc. Je l'arrachai distraitement.

Les soldats patrouillaient le village, nourrissaient les foyers, actionnaient des roues de métal, sonnaient d'immenses bourdons et surveillaient les prisonniers: tourbillon vengeur, je les massacrai jusqu'au dernier. Lorsqu'enfin je fis face à l'Inquisiteur, devant un bûcher partiellement consumé, je l'éventrai à mains nues.

Epuisé, moralement à défaut de physiquement, je m'affaissai sous le regard stupéfait de ceux à qui je venais de sauver la vie.