Etranger à moi-même, je vis des mortels retirer mes guenilles ensanglantées, me laver, me couper les ongles et les cheveux, me vêtir d'un habit de fête et me raser. Au-dehors, après avoir maîtrisé l'incendie, mes semblables expliquaient la situation -- avec quelques entorses à la vérité.

La femme rencontrée plus tôt entra, suivie d'un vampire inconnu, et tous deux s'inclinèrent devant moi. Sur un signe de tête, les mortels nous laissèrent.

« Nous vous devons gratitude éternelle, dit mon interlocutrice. Lemaillard était le plus dangereux de ceux qui nous traquent. Je vous demande pardon de vous avoir mal jugé; je ne croyais pas la victoire possible, je pensais... je pensais que vous courriez vers votre trépas. »

Je ris doucement et soupirai, si bas qu'elle ne dut pas entendre:

« Eh bien, nous étions deux. Qu'importe, répondis-je à voix haute, puisque vous et les villageois êtes saufs désormais.

- Hélas! Le Commandeur n'a pas survécu. Même délivrés de Lemaillard, comment allons-nous résister aux autres Inquisiteurs?

- Je vous ai vu vous battre, intervint l'homme; votre talent surpasse celui même du Commandeur. »

Comme je haussais un sourcil, surpris que massacrer des mortels impuissants démontrât une quelconque compétence, il ajouta:

« Nous serions très honorés que vous acceptiez de vous joindre à nous. »

J'hésitai, mais qu'avais-je à perdre? Sans doute lutter à leurs côtés m'offrirait-il d'autres occasions de me racheter par une mort honorable, puisque j'avais perdu la première.

« C'est volontiers que j'embrasserai votre cause. Ces suppôts du Démon qui se disent hommes de Dieu méritent les pires châtiments.

- Je me réjouis de vous compter parmi nous, sourit-il. Au fait, quel est votre nom? Je ne crois pas l'avoir entendu. »

Je me figeai.

« F... François... D... Dumont. » bredouillai-je.

Fabien de Montargy était mort. Je ne devais le ressusciter que des siècles plus tard, sous l'emprise d'une faiblesse inattendue.