Antoine s'entailla la gorge sans sourciller et me l'offrit. Je restai peut-être une seconde à regarder sourdre son fluide vital d'un noir profond, comme fasciné. Malgré tout ce que je savais sur les vampires, malgré mon souhait d'en devenir un moi-même, j'hésitais à lécher une blessure. Je dus me forcer, avec une vague appréhension, à porter mes lèvres à la plaie et à commencer à téter.

Contre toute attente, le goût de ce sang, doux et à la saveur légèrement épicée, flattait mes papilles de mortel, sans tout de même atteindre des sommets. Alors que je m'étonnais d'y trouver un quelconque attrait, un élancement fugace m'apprit que le vampire venait de percer ma peau de ses dents, suivi aussitôt par une agréable chaleur. Je me sentais bien. Jusqu'à présent, la communion était troublante, mais plutôt plaisante.

Les choses s'enchaînèrent. Dans un vertige, ma vision se dédoubla; les perceptions de mon mentor déteignirent sur les miennes et les écrasèrent de leur intensité. A l'instant même, une volupté sans pareille me submergea, jouissance absolue qui n'avait rien d'humain. Je m'arquai par réflexe, agrippai furieusement mon partenaire, me pressai contre lui. Seigneur Dieu, ce plaisir! Quelques caresses suggestives, une attirance érotique de part ou d'autre et j'eusse souillé mes vêtements.

Mais je perdis bientôt conscience de la réalité tangible.