Quand je revins à moi, trois faits transpercèrent coup sur coup ma conscience: une douleur d'agonie qui ravageait chaque parcelle de mon corps; une suite de chocs sourds, lents, réguliers, comme deux bourdons étouffés sonnant mon glas; et enfin, cette odeur qui me rendait fou. Une terreur irraisonnée s'empara de moi. Je me mourais! Quelque chose avait mal tourné!

J'essayai à grand peine de reprendre mes esprits et cherchai mon précepteur du regard pour implorer son aide. Celui-ci se tenait bien sûr là, à mes côtés -- dans l'instant, je ne réalisai pas qu'il n'était plus assis sous moi sur la chaise, mais s'était levé et m'avait installé à sa place; après une transformation, le mentor s'éveille toujours avant son disciple. Antoine sourit pour me rassurer:

« Calme-toi, ce n'est que la faim que tu ressens. Elle sera ta compagne désormais, mais tu apprendras à la dompter. Viens, il faut te nourrir. »

A son invitation, je tournai les yeux vers les deux mortels endormis et un désir dément s'embrasa en moi. D'un bond maladroit, je fondis sur le plus proche, l'empoignai et déchirai sa gorge des canines acérées que l'avidité avait fait croître dans ma bouche. J'aspirai goulûment et le plaisir me submergea, similaire à celui qu'Antoine m'avait transmis au début de mon initiation mais amplifié d'autant par le manque...

Et je broyai l'homme entre mes bras dès la première gorgée, incapable de contrôler ma force surhumaine face à une telle volupté. Son sang chaud jaillit autour de moi, sur moi, et affola mes sens plus encore. Eperdu, je lapai à même le sol en tentant de conserver un semblant de dignité, sans succès il faut bien le dire.

Lorsque je ne pus plus recueillir la moindre goutte, je titubai jusqu'à son compagnon.