Vous connaissez déjà la principale de mes passions: la connaissance. La soif d'apprendre a motivé ma transformation et par la suite, m'a aidé à traverser les siècles. Je passe un temps certain à me tenir informé des dernières avancées scientifiques, quoique je regrette que des sujets plus... ésotériques sortent du cadre de la recherche officielle. J'aime à découvrir les secrets de l'univers dans lequel nous vivons, mais également les lieux et les gens. Je voyagerais plus, si ce n'était pas aussi compliqué pour nous.

A une époque, il m'arrivait régulièrement de fréquenter les bars à la recherche d'âmes esseulées. J'engageais la conversation pour amener la personne à se confier à moi, tandis que de mon côté, je lui prodiguais des conseils sans en avoir l'air et tentais d'éclairer d'un regard plus positif les joies que connaît même le plus malheureux des hommes. Je repartais avec le souvenir de ces simples vies humaines sorties du magma de l'anonymat le temps d'une soirée, et que je conserverais précieusement bien au-delà de leur trépas. Je n'ai jamais cherché à savoir ce que devenaient ces rencontres d'un soir, s'ils avaient remonté la pente ou continué à sombrer dans le désespoir.

Mais il y a plusieurs années que je ne me suis plus adonné à ce côté sans doute un peu voyeur de ma personnalité. Aujourd'hui, je me consacre à ma chère compagne et à nos quelques amis. Imaginez-moi en garde d'enfants... ;-) D'adorables petites pestes qui me font tourner en bourrique, soit dit en passant.

En revanche, je ne suis pas ce que vous pourriez appeler un fêtard. Les tourments, les responsabilités, ou tout simplement l'âge m'ont irrémédiablement éloigné de cette gaieté insouciante si caractéristique de la jeunesse. Toutefois, et bien que je m'y sente toujours étranger, j'apprécie de me mêler aux foules joyeuses des foires, carnavals et autres réjouissances publiques. J'arrive à faire abstraction de la proximité affriolante de tous ces corps humains pour, durant quelques heures, oublier un peu que ces gens ne verraient en moi qu'un monstre s'ils connaissaient ma vraie nature. Mais la fête terminée, ma solitude n'en redevient que plus criante.

Je terminerai par le sujet des drogues. Vous devez comprendre que l'absorption de sang humain nous procure une satisfaction si intense qu'elle rend vaine la recherche de tout autre plaisir. D'une certaine manière, voilà notre drogue, car même s'il nous était donné de pouvoir survivre autrement, la frustration de nous en passer aurait de quoi ébranler notre raison. Quoi qu'il en soit, je n'ai pas connaissance d'un seul psychotrope capable d'agir sur notre métabolisme. J'ignore l'effet que produirait l'injection de substances actives directement dans notre système sanguin; peut-être cela nous tuerait-il ou, plus probablement, n'aurait-il strictement aucun effet.